Au jardin, choisir entre Nordox et bouillie bordelaise ne revient pas simplement à comparer deux marques. Il faut regarder la forme du cuivre, la culture concernée, la maladie visée et surtout l’autorisation du produit en France. Je vous propose une comparaison pratique pour savoir quoi utiliser contre le mildiou, la tavelure ou certaines bactérioses, sans traiter inutilement les insectes ni surcharger le sol en cuivre.
Le bon choix dépend surtout de la maladie et de l’étiquette
- Nordox 75 WG contient du cuivre sous forme d’oxyde cuivreux, à raison de 750 g/kg pour la spécialité professionnelle.
- La bouillie bordelaise repose sur un composé de cuivre associé à de la chaux, avec des concentrations qui varient selon le produit.
- Les deux solutions sont surtout préventives et de contact, pas des traitements capables de guérir une feuille déjà fortement atteinte.
- Ni Nordox ni bouillie bordelaise ne sont des insecticides efficaces contre les pucerons, chenilles ou acariens.
- La dose, le nombre d’applications et les cultures autorisées doivent être vérifiés sur l’étiquette du produit acheté.

Nordox ou bouillie bordelaise, quelles différences réelles
Les deux produits appartiennent à la grande famille des traitements cupriques. Le cuivre agit à la surface de la plante en perturbant les spores de champignons et certains germes bactériens. Il ne circule pas vraiment dans la sève, ce qui explique pourquoi il protège surtout les organes présents au moment de l’application et les nouvelles pousses restent vulnérables.
La différence commence avec la matière active. Nordox 75 WG utilise principalement de l’oxyde cuivreux, sous forme de granulés dispersables dans l’eau. La fiche de la spécialité indique une teneur de 750 g de cuivre par kilogramme. La bouillie bordelaise correspond plutôt à une association historique de sulfate de cuivre et de chaux, mais les produits vendus sous cette appellation n’ont pas tous la même concentration.
| Critère | Nordox 75 WG | Bouillie bordelaise |
|---|---|---|
| Forme du cuivre | Oxyde cuivreux | Cuivre associé à la chaux, selon la formulation |
| Présentation courante | Granulé dispersable | Poudre mouillable ou granulé dispersable |
| Action | Fongicide de contact préventif | Fongicide de contact préventif |
| Maladies ciblées | Mildiou, tavelure, bactérioses selon l’usage autorisé | Mildiou, tavelure, bactérioses selon l’usage autorisé |
| Risque principal | Surcharge en cuivre et brûlure en cas de surdosage | Phytotoxicité, dépôts bleus et accumulation dans le sol |
Dans la pratique, je ne considère pas le Nordox comme un produit « plus fort » au sens absolu. Il est plus concentré en cuivre dans certaines spécialités, mais l’efficacité dépend aussi de la dose réellement appliquée, de la couverture du feuillage, de la pluie et du moment du traitement. Une bouillie bordelaise correctement utilisée peut être très efficace, tandis qu’un Nordox mal dosé peut brûler les feuilles ou laisser une protection insuffisante.
Quel produit choisir selon la plante et la maladie
Le choix devient plus simple lorsque l’on part du problème observé. Une tache qui apparaît après plusieurs jours chauds et humides, des feuilles de tomate qui brunissent rapidement ou une vigne touchée par le mildiou ne se traitent pas de la même manière qu’une attaque de pucerons. Le cuivre vise les maladies fongiques et bactériennes, pas les ravageurs au sens courant.
Pour la vigne et le mildiou
Les deux types de produits peuvent être utilisés dans une stratégie préventive si l’étiquette autorise la vigne et le mildiou. J’utilise généralement le produit dont la formulation permet une bonne couverture et dont la dose est clairement adaptée à la surface traitée. Le traitement doit intervenir avant ou au tout début des conditions favorables, car le cuivre agit mal sur une infection déjà installée.
Après une forte pluie, la protection peut diminuer. Il ne faut toutefois pas pulvériser automatiquement après chaque averse. La pluviométrie, la croissance des jeunes feuilles et la pression de maladie doivent guider la décision, sinon les applications répétées augmentent surtout la quantité de cuivre déposée dans le sol.
Pour les tomates et les pommes de terre
Le mildiou progresse vite lorsque les nuits sont douces, que le feuillage reste humide et que l’air circule mal. Une spécialité Nordox ou une bouillie bordelaise peut protéger les feuilles s’il existe un usage autorisé pour la culture concernée. Elle ne réparera pas les feuilles noircies et ne remplacera pas les mesures simples comme l’espacement des plants, l’arrosage au pied et l’élimination des parties très atteintes.
Je déconseille de traiter par habitude toutes les semaines. Un feuillage sec, bien ventilé et arrosé sans mouiller les feuilles réduit souvent davantage le risque qu’une succession de pulvérisations cupriques.
Pour les fruitiers
Sur pommier, poirier, pêcher ou cerisier, le cuivre peut avoir une place à certains stades, notamment avant le débourrement ou selon les usages prévus contre la tavelure, la cloque ou des bactérioses. Le calendrier est essentiel, car les jeunes feuilles et les fleurs sont sensibles. Un traitement trop concentré au mauvais moment peut provoquer des brûlures et compromettre la récolte.
Pour les fruitiers, je privilégie donc le stade de la plante et la maladie identifiée plutôt que le nom du produit. Il faut aussi respecter les restrictions concernant la floraison, les pollinisateurs et le délai avant récolte lorsqu’il est indiqué.
Comment appliquer le cuivre avec précision
Avant de préparer le pulvérisateur, je vérifie quatre éléments sur l’emballage ou la fiche officielle du produit. Le catalogue E-Phy de l’Anses permet notamment de distinguer les spécialités autorisées, retirées ou réservées à certains usages. Cette vérification est importante, car plusieurs produits portant un nom proche peuvent avoir des conditions différentes.
- Identifier la culture et la maladie avant toute application.
- Vérifier que l’usage est autorisé pour cette plante et ce problème précis.
- Respecter la dose, le volume d’eau, le nombre maximal de traitements et le délai avant récolte.
- Pulvériser par temps calme, sur un feuillage sec, sans gel ni forte chaleur annoncée.
- Éviter les fleurs ouvertes et les zones fréquentées par les pollinisateurs lorsque l’étiquette le demande.
- Nettoyer le matériel et ne jamais vider les restes près d’un fossé, d’un bassin ou d’une bouche d’évacuation.
Les granulés dispersables comme le Nordox doivent être incorporés progressivement dans l’eau, avec une agitation suffisante. Je ne mélange pas les deux produits dans le même pulvérisateur. Associer Nordox et bouillie bordelaise ne double pas la protection, mais peut augmenter brutalement la dose de cuivre et le risque de brûlure.
Il faut également éviter les mélanges improvisés avec des huiles, des produits alcalins ou d’autres traitements. Un mélange n’est acceptable que s’il est prévu par l’étiquette ou validé par les indications techniques du fabricant. En cas de doute, deux applications séparées sont plus prudentes qu’un cocktail mal maîtrisé.
Les erreurs qui rendent ces traitements décevants
Confondre maladie et ravageur
Des feuilles déformées, collantes ou perforées signalent souvent des pucerons, des aleurodes, des chenilles ou des altises. La bouillie bordelaise ne les éliminera pas. Le premier geste consiste à observer les feuilles au revers, à rechercher les insectes et à identifier les symptômes avant de choisir un produit.
Traiter une plante déjà très malade
Le cuivre protège une surface saine ou récemment contaminée, mais il ne remet pas en état une feuille couverte de taches. Sur une tomate ou une vigne très atteinte, il faut retirer les parties condamnées, limiter l’humidité et protéger les nouvelles pousses si l’usage est autorisé. Attendre que la maladie soit visible partout réduit fortement l’intérêt du traitement.
Augmenter la dose pour compenser la pluie
C’est une mauvaise idée. Une dose supérieure n’offre pas forcément une meilleure tenue et peut provoquer des brûlures, surtout sur les jeunes feuilles. La concentration inscrite sur l’étiquette n’est pas une suggestion, mais une limite d’utilisation à respecter.
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Oublier l’accumulation dans le sol
Le cuivre ne disparaît pas rapidement après chaque application. Une partie se fixe dans le sol et peut affecter les vers de terre et d’autres organismes lorsqu’il est utilisé de façon répétée. Les autorisations professionnelles rappellent une limite totale de 28 kg de cuivre par hectare sur sept ans, tandis que certaines fiches pour le jardin recommandent de limiter les apports à environ 0,4 g de cuivre par mètre carré et par an pour protéger les organismes du sol. Ces valeurs ne remplacent pas la notice du produit, mais elles donnent une bonne mesure de la prudence nécessaire.
Je déconseille aussi toute pulvérisation à proximité immédiate d’un point d’eau. Certaines étiquettes imposent une distance d’au moins 5 mètres d’une mare, d’un ruisseau, d’un fossé ou d’un bassin. Le cuivre est utile dans une stratégie raisonnée, mais il n’est pas anodin pour l’environnement.
La règle simple pour décider sans surtraiter
Si la maladie est clairement identifiée, comparez les deux produits sur la forme du cuivre, la culture autorisée, la dose et le nombre d’applications. Le Nordox peut être intéressant lorsque l’oxyde cuivreux et sa formulation correspondent à l’usage recherché. La bouillie bordelaise reste une option pratique et connue, à condition de choisir une spécialité encore autorisée et adaptée au jardin.
Dans les deux cas, le meilleur traitement est celui qui arrive au bon moment, couvre correctement la plante et reste ponctuel. Pour un potager durable, je combine toujours le cuivre avec des variétés moins sensibles, une bonne aération, l’évacuation des feuilles malades et une observation régulière. La prévention réduit les doses et protège mieux le sol qu’une succession de traitements appliqués par réflexe.
